mehdi savalli
Artistes de l'éphémère, les toreros soulèvent les plus grandes passions. Les plus grandes projections aussi. Oui, on voudrait être à leur place quand la cape s'enroule autour de leur corps gainé d'or. On rêve de cette faena de muleta profonde et templée, qui semble défier le temps et la mort. On en rêve seulement.
Les risques ne sont jamais partagés. Bien sûr, le torero a choisi se métier en dehors du temps et des normes. Le ruedo est le fil tendu de ces équilibristes de la peur. A las cinco de la tarde, des centaines d'yeux voyeurs attendent, mais c'est sur le sable que des coeurs battent le plus fort. Serein ou fragile, le matador vient là pour défier la bête et le temps et espère trouver un peu de lumières. Loin du toreo de salon, la vérité de l'arène est unique. Avec un brin de chance ou d'injustice, elle révèle tout de cet homme qui affronte le fauve. Chacun de ses gestes est épié, analysé, décortiqué, disséqué. Jamais il ne fera l'unanimité. La corrida est à ce prix. Elle n'est pas seulement affaire de technique, mais aussi d'émotion. Elle est artistique mais ne peut jamais cacher la réalité du combat, à la vie, à la mort.
Défier un toro, c'est remonter le temps, se mesurer à un animal sauvage qui force toujours l'admiration, le respect. Jamais devant le danger le toro ne va fuir. Brave, noble, manso ou decasté, il est applaudi debout ou sifflé à l'acastre dans cette partie qui semblait jouée d'avance. A son tour, le torero peut conquérir la gloire, certes éphémère. Il lui arrive aussi de la manquer. Les mille et une raisons qui conduisent à l'échec seraient trop longues à expliquer, voire inexplicables. Pourtant, dans toutes les arènes, de grands maestros ou de jeunes novilleros passent à côté de leur après-midi. Sous prétexte qu'on a payé on s'autorise tous les débordements. Stupide, ce comportement est avant tout un manque de respect pour le torero, pour l'acte même que représente tauromachie. Lorsque survient la douloureuse cornada, plus personne ne se projette dans le corps meurtri du torero...
extrait du guide hubert de l'aficionado temporada 2006